LA TRIBUNE

Entretien avec Julie Travaux à propos de son mémoire Waf-Waf: La représentation des chiens dans les ouvrages illustrés

18.07.26

Diplomé.e ESAD Pyrénées / Pau, promotion 2026

Quel est le sujet de ton mémoire ?

Mon mémoire, s'intitule Waf-Waf : la représentation des chiens dans les ouvrages illustrés et s'intéresse à l'évolution de la représentation du chien dans l'image, depuis les premiers ouvrages illustrés jusqu'aux récits graphiques contemporains.

Comment ton intérêt s'est-il porté sur ce sujet  ?

J'ai choisi ce sujet parce que le chien est une figure à la fois très familière et extrêmement présente dans notre culture visuelle. On le retrouve dans la littérature, la bande dessinée, l'illustration ou encore le cinéma, souvent sous des formes anthropomorphisées. Au départ, je me suis surtout intéressée aux questions de style et de dessin. Mais au fil de mes recherches, j'ai compris que l'évolution graphique du chien était intimement liée à l'évolution de notre rapport à l'animal. Le chien est devenu bien plus qu'un simple sujet de représentation, il est un véritable support de projection des émotions, des valeurs et des préoccupations humaines.

Peux-tu nous parler de ta méthodologie de recherche ? (pratique de terrain, réalisation d'entretiens, collecte, objets observés… etc)

Ma recherche s'est principalement appuyée sur l'analyse d'un corpus d'ouvrages illustrés, de bandes dessinées et de récits graphiques couvrant différentes périodes historiques. J'ai adopté une approche chronologique afin d'observer l'évolution progressive des représentations du chien, du Moyen Âge jusqu'à aujourd'hui. Pour analyser ce corpus, je me suis appuyée sur trois axes complémentaires : une approche graphique, une approche narrative et une approche socioculturelle. L'approche graphique m'a permis d'étudier les styles de dessin, les techniques d'illustration et les choix de représentation selon les époques. L'approche narrative s'est intéressée aux rôles joués par les chiens dans les récits, tandis que l'approche socioculturelle m'a permis de comprendre comment chaque période projetait ses propres valeurs sur cette figure animale. Au cours de cette recherche, j'ai également élargi mon observation à d'autres médiums, notamment le cinéma, afin de mieux comprendre comment certaines représentations circulent entre les livres, les films et les bandes dessinées. L'enjeu n'était pas d'accumuler les références, mais de comprendre pourquoi et comment le chien est devenu un personnage aussi important dans notre imaginaire collectif.

Est-ce-que ton processus de recherche s’est traduit dans la conception graphique de ton mémoire ?

Oui, la conception graphique du mémoire est directement issue de mes recherches. Je ne voulais pas que l'objet éditorial se contente d'accompagner le texte, je souhaitais qu'il participe lui aussi au discours. L'édition adopte ainsi une forme de niche, en référence directe à l'univers du chien. Cette forme transforme symboliquement l'ouvrage en espace de refuge et d'accueil, en écho à la relation particulière qui unit le chien à l'humain. J'ai également travaillé la typo, les couleurs et la mise en page à partir d'éléments liés à mon sujet. Les titres utilisent la police de caractères Basteleur, dont les formes m'évoquent visuellement des os. La palette de couleurs s'inspire directement de la perception visuelle du chien, avec une dominante de bleu et de jaune. Quant au marron, il apporte une dimension plus chaleureuse et organique. Enfin, un petit os jaune traverse l'ensemble de l'ouvrage comme un fil conducteur graphique. Il accompagne la lecture, guide le regard et crée un lien entre les différentes parties du mémoire. Tous ces choix participent à faire du mémoire un objet éditorial qui est cohérent avec son sujet de recherche.

Quel influence ton mémoire a-t-il eu sur ton projet de diplôme ?

Mon projet de diplôme est directement issu des conclusions de mon mémoire. À travers mes recherches, j'ai compris que le chien pouvait devenir un puissant médiateur narratif, capable de porter des émotions, des questionnements et des expériences humaines complexes. J'ai donc choisi de réutiliser cette figure dans mon projet de diplôme, mais cette fois comme outil de création. Dans mon projet de diplôme, une bande dessinée intitulée À fleur de poils, les personnages sont représentés sous la forme de chiens anthropomorphisés afin d'aborder la question de la santé mentale. Les réflexions développées dans le mémoire sur l'identification, l'empathie, l'anthropomorphisme ou encore la projection émotionnelle ont directement nourri mes choix narratifs et graphiques. Le mémoire m'a permis de comprendre pourquoi cette figure fonctionne si bien dans les récits, tandis que le projet de diplôme m'a donné l'occasion de mettre ces conclusions en pratique.

Poursuis-tu encore un travail de recherche ?

Alors, Je dirais plutôt que ma recherche continue aujourd'hui à travers ma pratique. Même si le mémoire est terminé, je continue à m'intéresser aux questions d'anthropomorphisme, de narration animale et de la représentation des émotions. Les bandes dessinées que je développe prolongent en quelque sorte cette réflexion. Je ne mène plus une recherche universitaire à proprement parler, mais je continue et je veux continuer à explorer ces questions par le dessin, l'écriture et la création de nouveaux récits.

Peux-tu définir l’impact de ton mémoire sur ta pratique graphique aujourd’hui ?

Ce mémoire a énormément influencé ma manière de concevoir l'image. Avant ce travail, je m'intéressais surtout aux aspects esthétiques du dessin. La recherche m'a appris à considérer chaque choix graphique comme porteur de sens. Aujourd'hui, par exemple, lorsque je dessine un personnage, je réfléchis davantage à ce qu'il raconte, à ce qu'il symbolise et à la manière dont il sera perçu par le lecteur. Le mémoire m'a également sensibilisée à la question du rôle de l'image dans la transmission d'émotions et d'idées complexes. Il a renforcé mon intérêt pour les formes de narration accessibles, sensibles et capables d'aborder des sujets parfois difficiles sans les simplifier. Plus largement, il m'a permis de développer une approche plus réflexive de ma pratique, dans laquelle recherche et création se nourrissent mutuellement.