TRACEMEIN
Yann Seminara
Ma pratique vient d'abord du graffiti et du dessin de lettres, un mode de vie autant qu'une manière d'écrire. Sur un mur, la lettre est libre, portée par le geste et le corps ; mais cette liberté formelle reste prise dans une tension sociale, entre interdiction et effacement. C'est cette tension que j'explore dans mon diplôme et mon mémoire, TRACEMEIN.
Plutôt que de documenter le graffiti de façon classique, j'ai développé une méthode en trois temps : collecter, traduire, éditer. Je prélève des écritures spontanées, tags, affiches, recouvrements, dans mon environnement direct : mon école, mes déambulations nocturnes, mes voyages solitaire. Je les traduis en typographies, gravures ou photographies, puis les édites sous forme de livres d'artiste, d'installations ou de dispositifs in situ, en gardant toujours une matérialité proche de l'énergie du mur.
Cette recherche a pris plusieurs formes : une typographie née des inscriptions de mon école, une édition intime écrite après la disparition de ma mère, un texte peint et lu à voix haute, ou encore une édition en encre UV construite autour d'un transformateur électrique.
Le mémoire TRACEMEIN rassemble cette recherche, pensé comme un objet éditorial à part entière plutôt qu'un simple texte théorique. Il pose une question centrale : comment faire exister, matériellement et sensiblement, des écritures vouées à disparaître, sans les trahir ni les lisser. Le jury a salué ce travail en me décernant les félicitations pour la cartographie sensible de la ville.