LA TRIBUNE

TRACEMEIN

Yann Seminara

21.07.26

ISBA Besançon, Communication Visuelle, 2026

Vue diplôme YannSeminara© @yannseminaraaaaaaaaaaaaaaaaaaa - Photo par Noé Jamet @noe.jmt

Ma pratique vient d'abord du graffiti et du dessin de lettres, un mode de vie autant qu'une manière d'écrire. Sur un mur, la lettre est libre, portée par le geste et le corps ; mais cette liberté formelle reste prise dans une tension sociale, entre interdiction et effacement. C'est cette tension que j'explore dans mon diplôme et mon mémoire, TRACEMEIN.
Plutôt que de documenter le graffiti de façon classique, j'ai développé une méthode en trois temps : collecter, traduire, éditer. Je prélève des écritures spontanées, tags, affiches, recouvrements, dans mon environnement direct : mon école, mes déambulations nocturnes, mes voyages solitaire. Je les traduis en typographies, gravures ou photographies, puis les édites sous forme de livres d'artiste, d'installations ou de dispositifs in situ, en gardant toujours une matérialité proche de l'énergie du mur.
Cette recherche a pris plusieurs formes : une typographie née des inscriptions de mon école, une édition intime écrite après la disparition de ma mère, un texte peint et lu à voix haute, ou encore une édition en encre UV construite autour d'un transformateur électrique.
Le mémoire TRACEMEIN rassemble cette recherche, pensé comme un objet éditorial à part entière plutôt qu'un simple texte théorique. Il pose une question centrale : comment faire exister, matériellement et sensiblement, des écritures vouées à disparaître, sans les trahir ni les lisser. Le jury a salué ce travail en me décernant les félicitations pour la cartographie sensible de la ville. 

Vue de l'édition C QUOI CE TRUC ?, née d'un prélèvement des inscriptions vernaculaires de mon école, devenue une typographie vivante accompagnée d'un protocole de collecte presque ethnographique. © Yann Seminara / Photo par Noé Jamet
Puis LET OP!, une édition beaucoup plus intime, écrite après la disparition soudaine de ma mère et un voyage solitaire à Amsterdam : des textes et des images qui se répondent, une couverture gravée sur plaque de cuivre à partir d'un tag croisé sur un tukt
Vue de l'édition DES BOUTS DE RIEN, née de phrases notées sur des murs en revenant d'Amsterdam et transformées en petits poèmes, accompagnées d'une gravure linographique de mon lettrage de graffiti éclaté en une multitude de fragments. © Yann Seminara / P
Vue du texte peint à la bombe, en blanc sur blanc, presque effacé sur le mur, qui parle de la genèse de ma recherche et d'un moment intime, le manque, l'absence, le deuil, accompagné de lecteurs audio pour en écouter la lecture, et d'une série de six flip
Vue de l'édition Illicit Print, née de scans de murs peints — légal, illégal, école — assemblés en une édition en risographie dont la couverture est un véritable fragment de mur découpé, accompagnée d'une peinture au format homothétique de l'édition et de
Vue de l'édition RÉSAL EFFECT, née de l'observation d'un transformateur électrique rue Résal, devenu malgré lui un support d'affichage sauvage, révélée en encre UV sous lumière noire pour montrer que rien ne s'efface vraiment, tout se déplace et se reconf
Vue du mémoire TRACEMEIN, pensé comme une édition à part entière plutôt qu'un simple texte théorique, packagé en carton scellé et peint en wildstyle, qui rassemble la trace, la collecte et le déplacement selon la méthode collecter, traduire, éditer. © Yan