LA TRIBUNE

macules

Mathilde Lecoq

30.06.26

Université de Rennes 2, Master design et sciences sociales, 2026

Interface

macules est un outil de cartographie sensible numérique & interactif dédié à l'impression en risographie en mono & bichromie développé dans le cadre de recherches universitaires à l'Université de Rennes 2 et d'un stage au studio TRAMES à Sète. Ce projet s'intéresse à la pertinence (ou non) de l'existence d'un outil numérique pensé pour des pratiques de cartographie sensible en interrogeant les dynamiques, ponts et divergences existant..es entre des outils technologiques numériques performants, rigoureux et précis, et un mouvement de retour au fait main, au corps, au sensible. La risographie, par son système d’impression par couches fait également écho aux processus de superpositions des niveaux d’informations à l’œuvre dans les opérations cartographiques. 

La toute première version de l’outil “macules” (du nom donné aux feuilles de calage et de test que l’on passe plusieurs fois dans la machine avant de procéder aux tirages, et qui se recouvrent au fur et à mesure des usages de motifs, couleurs, aplats, traces imprimé·es et superposé·es aléatoirement) a été publiée à l’adresse https://macules.netlify.app dans le but d’entamer une phase de tests par divers·es utilisateur·ices, afin de récolter des productions autour de sujets libres et variés, et de recueillir des retours critiques, restitué·es au sein d’une édition. Cette édition répertorie ainsi 5 cartes réalisées à partir de l’outil, avec pour chacune d’entre elles un titre, une description, une légende et un retour critique de la part de l’auteur·ice.

Les personnes ayant participé à cette première étape de test ont été mobilisées via les réseaux sociaux et via des canaux familiaux et amicaux. En raison de la durée du développement du site et de celle de mon stage au sein du studio Trames (deux mois), la période allouée à l’appel à participation, à la production, à l’impression et à la confection de cette édition a été d’un mois, ce qui a compromis la participation d’acteurs plus extérieurs dont la disponibilité ne concordait pas avec la temporalité de la phase de test, malgré un intérêt manifeste de la part de certains. De ce fait, la majorité des utilisateur·ices se constitue d’étudiant·es en design graphique, aux côtés d’une étudiante en géographie, d'une artiste et professeure, et de gestionnaires retraités. Dans l’idéal, il serait préférable de soumettre l’outil à des profils plus variés en âge et en secteur d’activité. 

À l’issue de cette phase de tests, il s’agit alors de dresser un premier bilan critique et d’envisager les perspectives d’évolutions du projet. 

Si l’outil présente à ce stade des faiblesses mises en évidence par les retours des utilisateur·ices dans le cadre de la phase de test, il peut constituer le point de départ d’un projet de plus grande envergure. En effet, d’après les premiers retours d’expérience mais aussi suivant les conversations entretenues avec divers·es acteur·ices des milieux cartographiques, graphiques ou sociaux, l’idée de la création d’un outil de cartographie sensible enthousiasme. 

Cette idée intervient dans le cadre d’une réflexion globale d’une part autour de la cartographie et de ses usages, mais aussi autour du lien entre numérique et sensible, abordée en introduction de cette édition. La cartographie sensible a émergé sous la forme de processus manuels centrés sur le dessin, en décalage avec ceux de la cartographie classique aujourd’hui très assistée par ordinateur, ce qui lui a permis de s’émanciper des normes codifiant la pratique de la cartographie. Mais cela ne fait pas pour autant de la cartographie sensible une pratique aujourd’hui cantonnée au dessin. De fait, elle se définit par son objet d’étude et son protocole, permettant une liberté de médium. Le numérique soulève cependant plusieurs interrogations concernant la manière d’encadrer l’expérience sans dénaturer la pratique. Dans un premier temps, il a donc été question ici de proposer avec macules un outil assez rudimentaire proche du dessin avec entre autres un tracé à main levé et pas de possibilité de déplacer les éléments après coup, pour permettre aux désirs de fonctionnalités plus précises d’émerger chez les utilisateur·ices.

L’outil développé en premier lieu a pour finalité la production d’un objet palpable avec l’exportation d’un fichier prévu pour l’impression en risographie, un médium qui résonne particulièrement avec la cartographie sensible et permet de reconnecter les usagers à la matérialité du support en faisant ainsi un pont entre création numérique et création imprimée. Ce qui permet de produire une affiche en série, qui peut non seulement agir comme communication visuelle, mais aussi comme objet de médiation autour duquel plusieurs acteurs peuvent échanger et partager. Par ailleurs, si on obtient un objet fixe, il n’est pas destiné à le rester, il peut être altéré, amélioré, alimenté par la suite… Dans la poursuite de fabrication d’un outil efficacement pensé pour la risographie, on pourrait imaginer un système de découchage par couleur à l’exportation sous formes d’un fichier noir et blanc par encre, et une prévisualisation des superpositions des couleurs dans l’éditeur, avec possibilité de gérer l’opacité, et également d’exploiter les forces caractéristiques de la technique en permettant de jouer avec des dégradés ou des trames.

L’objectif de l’outil macules est ainsi d’explorer les possibilités du numérique dans la pratique de la cartographie sensible. Par exemple, envisager un protocole de création encadré permettant d’implanter la pratique de la cartographie sensible dans les politiques publiques, en mettant au cœur des réflexions des réalités spécifiques difficiles à représenter sur des cartes classiques comme la perception du temps… En outre, un outil numérique pourrait également agir comme une plateforme consacrée à la cartographie sensible et ses usages, répertoriant des cartes partagées, pour communiquer, exprimer, inspirer via un canal dédié.

Carte réalisée par Léna Royer à partir de l'outil macules
Carte réalisée par Matthieu Perrot à partir de l'outil macules
Carte réalisée par Abigail Pirrello à partir de l'outil macules
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Édition
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