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SITUATIONS CELLULAIRES
Jeanne Petit,
EBABX Bordeaux, 2025
C’est le 07 août 2020, lorsque je me rends au parloir pour la première fois, que je découvre un milieu que je ne connais pas, qui m’est connu seulement au travers de films ou de séries romancés. Un parloir qui me sera d’ailleurs refusé - faute de tampon sur un papier - mais 4 s'enchaîneront les 14, 20, 26 et 28 août. Ce fut ma première porte d’entrée sur le milieu carcéral. S’en est suivi moulte correspondances, puis divers échanges avec des personnes actuellement ou anciennement incarcérées, d’autant plus en 2023 lorsque j’ai décidé d'initier ce travail de recherche autour des situations d’enfermement et du milieu carcéral. J’ai réalisé des entretiens qui ont vraiment été le point de départ de ce mémoire, je les ai restitués de manière à ce que leurs voix portent le mémoire - comme s’ils en étaient le squelette. Même si mon texte intègre des paroles de détenus dans des citations extraites de podcast, de reportage ou d’ouvrage, c’était important pour moi de mettre en valeur la parole des personnes que j’ai rencontré et qui m’ont fait part de leur histoire personnelle. De ces entretiens et des thématiques abordées, qui mettent en exergue les conditions actuelles de détention, j’ai dégagé de nombreuses problématiques, tout en souhaitant y intégrer une partie exhaustive sur le design et l’architecture des cellules. Comment l’évolution des espaces d'incarcération, depuis leurs conception jusqu'aux projets contemporains d’amélioration, influence-t-elle l’expérience vécue par les détenus - notamment dans un cadre collectif restreint, et en quoi ces espaces façonnent-ils leur réinsertion ou non dans la société? Ou simplement: Comment vivre/ survivre en prison, et après? J’aborde premièrement les prisons d’un point de vue architectural en questionnant la cellule, quels sont les espaces qu’on à produit pour incarcérer, jadis et aujourd’hui; et quels projets sont imaginés pour améliorer le quotidien de la détention? Puis dans un second temps, j’aborde le point de vue de la personne incarcérée, celui de l’humain qui vit dans ces espaces qu’on a produit, ce qu’il y a vécu, ce qu’il y ressent, ce qu’il projette dans ce que j’ai appelé des situations cellulaires. Ainsi que les interactions qu’il y trouve et comment il communique avec le monde extérieur et enfin comment parler de la détention, sans parler de réinsertion? Comment le corps après avoir été contraint et une fois relâché, voué à lui-même dans la nature, se comporte? Comment on s’en sort quand on en sort? Au-delà d’un thème qui m’a touchée personnellement, il s’agit d’un sujet de société, car comme le dit Bernard Bolze: “C’est l’ensemble des façons dont la personne privée de liberté est considérée et regardée, qui affecte toute notre collectivité, parce qu’on la regarde et d’ailleurs on englobe sa famille, ses proches dans la même machine.”
jeannepetitsermonne@gmail.com