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Brainrot
Théo Bernard,
ESADHaR Havre, 2026
J’ai l’impression de mener un combat, je ne sais plus réellement depuis combien de temps. Cela peut sembler absurde pour mes parents, j’entends encore leurs discours « Un téléphone ça ne sert qu’à téléphoner ». Je me rappelle mon premier téléphone, un Windows Phone 8. À vrai dire, à cet âge-là, ce n’était pas tant le modèle qui suscitait de l’excitation, mais l’objet lui-même, et ce qu’il représentait. Comme si je découvrais, à travers lui, une nouvelle version de moi-même. Il voulait dire « maintenant, tu es grand ». Je le reçois en guise de cadeau d’anniversaire, je rentrais alors en sixième. C’était un petit smartphone avec une interface simple. Par ailleurs, il y avait toutes les fonctionnalités de base, téléphonie, SMS, appareil photo, navigateur, jeux. Certaines que je ne comprenais même pas. Ou un calendrier, tandis que mes journées se résumaient à « école, devoirs, dormir ». Mais, à cet âge-là, tout semblait avoir de l’importance, même les fonctions les plus inutiles. À cette époque, j’ai vu l’arrivée de Snapchat, à travers les écrans de mes camarades. Une de mes premières frustrations était que je ne pouvais pas installer les applications que je voulais. La cause : ce foutu Microsoft Store. Peut-être un mal pour un bien, me direz-vous. J’ai également reçu une coque pour mon téléphone, qui me fut bien utile lorsque Silvio me bouscula, le faisant tomber au sol, se brisant en morceaux. J’avais fini par m’y attacher, comme à un petit compagnon du quotidien. Le voir cassé, inutilisable, m’a laissé un vide étrange. Plus de Doodle Jump, photos et conversations effacées, plus rien. Aujourd'hui, peut-être que j’aurais besoin d’un Silvio ?
theo.bernard@esadhar.fr